Conférence internationale sur

les dimensions éthiques et morales de l’enseignement supérieur et de la science en Europe

Bucarest, 2-5 septembre 2004

 

  Introduction Programme
Participants Documents

 

 La déclaration de Bucarest
sur
Les valeurs et les principes éthiques de
l’enseignement supérieur dans la Région Europe

I. Préambule

Les universités et autres établissements d’enseignement supérieur jouent maintenant un rôle central dans le développement de la société, de l’économie et de la culture, à tous les niveaux - global, régional, national et local. Dans la société du savoir émergeante, les universités ne sont plus seulement responsables de la production et de la préservation des sciences fondamentales et de l’esprit académique; elles sont aussi engagées dans la traduction, la transmission et l’application des nouvelles connaissances. En même temps, les universités ne sont plus seulement responsables de la formation des futurs professionnels, des élites techniques et sociales; elles éduquent maintenant des masses d’étudiants. Les universités sont aussi devenues des organisations complexes et à grande échelle et ne peuvent plus être gouvernées seulement d’après les normes académiques traditionnelles et collégiales.

Ces profonds changements dans la structure et la mission de l’enseignement supérieur et de la recherche ont soulevé des questions sur le concept traditionnel d’ « université » et ont ouvert l’appétit pour continuer leur réforme. Le nombre et les types d’universités ont augmenté à une vitesse sans précédent - et même les plus traditionnelles ont assumé de nouvelles et de plus larges responsabilités. Le nombre de leurs décideurs a aussi proliféré - et les universités se retrouvent maintenant au centre de réseaux d’établissements de « savoir » de plus en plus denses. Par conséquent, un nouvel équilibre semble être apparu entre l’université en tant qu’établissement de service public et organisation entreprenariale. Cependant, l’accent de plus en plus important mis sur le « marché » est un aspect seulement de cette transformation; tout aussi importants sont les agendas de « réforme » de plus en plus actifs poursuivis par de nombreuses nations européennes. Le Processus de Bologne conduit à des changements de grande portée dans la structure (et à long terme dans la culture) de l’enseignement supérieur européen.

Tous ces changements ont d’importantes conséquences pour une discussion sur les dimensions éthiques et morales de l’enseignement supérieur - qui ont souvent été définies et redéfinies selon une idée traditionnelle de l’université, remplacée maintenant par de nouveaux rôles et responsabilités. Il est très important que la prise en compte de ces responsabilités éthiques et morales, plus cruciales au cours du 21ème siècle que jamais auparavant, se passe en ayant pleinement conscience de l’impact de cet élargissement radical et rapide de la mission de l’université dans le cadre de la société du savoir. C’est la raison pour laquelle il était à la fois urgent et important pour le monde universitaire que le Centre européen de l’UNESCO pour l’enseignement supérieur (UNESCO-CEPES) convoque la Conférence internationale sur Les dimensions éthiques et morales de l’enseignement supérieur et de la science en Europe, organisée sous le haut patronage de M. Jacques Chirac, Président de la République Française et de M. Ion Iliescu, Président de la Roumanie, ensemble avec l’Académie Européenne des Sciences, des Arts et des Lettres - Academia Europensis et en collaboration avec l’Université des Nations Unies (UNU) et la Division des sciences fondamentales et des sciences de l’ingénieur de l’UNESCO, à Bucarest, les 2-5 septembre 2004.

Les participants à la Conférence affirment:

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Quelle que soit l’importance prise par les universités dans la production de richesse économique, elles ne peuvent être perçues comme de simples « fabriques » de savoir, de technologie et d’experts techniques, dans le cadre d’une économie du savoir mondiale. Elles ont des responsabilités intellectuelles et culturelles essentielles qui sont bien plus importantes dans une société du savoir.

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Par conséquent, les universités ne peuvent pas être considérées comme étant des établissements dépourvus de valeurs. Les valeurs et les standards éthiques qu’elles épousent auront non seulement une influence essentielle sur le développement académique, culturel et politique de leurs universitaires, étudiants et employés, mais serviront aussi à tracer les contours moraux de la société en général. En tant que telles, elles doivent accepter une responsabilité explicite et entreprendre des actions afin de promouvoir des standards éthiques aussi élevés que possible.

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Il ne suffit pas d’épouser de hauts standards éthiques au niveau rhétorique. Il est essentiel que ces standards soient respectés et appliqués dans tous les domaines de travail des institutions - et non seulement à travers leurs programmes d’enseignement et de recherche, mais aussi en termes de gouvernance et de gestion internes et d’engagement avec les décideurs externes.

 

Afin de remplir la vocation éthique des établissements d’enseignement supérieur conformément aux valeurs largement louées de l’éthos académique, les participants à la Conférence internationale lancent un appel aux politiciens, aux universitaires, aux directeurs et aux étudiants d’appliquer dans leurs activités académiques ce qui suit :

II. Les valeurs et les principes:

1. L’éthos, la culture et la communauté académiques

1.1

La culture académique de tout établissement d’enseignement supérieur doit promouvoir activement et diligemment, à travers des déclarations de politique, les chartes institutionnelles et les codes de conduite académique, les valeurs, les normes, les pratiques, les croyances et les présomptions qui guident toute la communauté institutionnelle envers l’affirmation d’un éthos basé sur le principe du respect de la dignité et de l’intégrité physique et psychique des êtres humains, de la formation continue, du progrès du savoir et de l’amélioration de la qualité, y compris de l’éducation, la démocratie participative, la citoyenneté active et la non discrimination.

1.2.

L’autonomie des établissements d’enseignement supérieur, bien qu’essentielle à l’accomplissement efficace de leurs tâches historiques et à leur adaptation aux défis du monde moderne, ne doit pas être utilisée comme excuse par ceux-ci dans le but de manquer à leur responsabilité envers la société en général, d’agir constamment pour la promotion du bien public.

1.3.

Il est difficile de maintenir de hauts standards académiques et éthiques dans l’absence d’un financement public adéquat pour l’enseignement supérieur. Des fonds publics réduits peuvent aussi éroder l’idée d’enseignement supérieur en tant que bien public et peuvent rendre plus difficile la tâche des institutions de maintenir un large accès et de hauts standards de conduite.

2. L’intégrité académique dans le processus d’enseignement et d’apprentissage

2.1.

Les valeurs et les standards d’intégrité académique offrent le fondement pour le développement du savoir, de la qualité de l’enseignement et de la formation des étudiants comme citoyens et professionnels responsables. La communauté universitaire doit se dévouer à la promotion de cette intégrité académique et faire des efforts actifs pour son incorporation dans le quotidien de la vie institutionnelle de ses membres.

2.2.

Les valeurs clé d’une communauté académique intègre sont l’honnêteté, la confiance, l’équité, le respect et la responsabilité. Ces valeurs ne sont pas seulement bénéfiques en elles-mêmes, mais elles sont aussi essentielles à la transmission efficace de l’enseignement et à une recherche de haute qualité.

2.3.

La quête d’honnêteté devrait commencer par soi-même et s’étendre aux autres membres de la communauté académique, tout en évitant systématiquement toute forme de tricherie, de mensonge, de fraude, de vol ou autres comportements malhonnêtes qui affectent de manière négative le statut qualitatif des diplômes universitaires.

2.4.

La confiance mutuellement partagée par tous les membres de la communauté académique est la colonne vertébrale de ce climat de travail favorisant le libre échange des idées, la créativité et le développement individuel.

2.5.

L’équité dans l’enseignement, dans l’évaluation des étudiants, la promotion des membres du personnel et dans toute activité liée à l’octroi de diplômes doit se fonder sur des critères légitimes, transparents, équitables, prévisibles, constants et objectifs.

2.6.

Le libre échange des idées et la liberté d’expression sont fondés sur le respect mutuel entre tous les membres de la communauté académique, sans tenir compte de leur position dans la hiérarchie de l’enseignement et de la recherche. Dans l’absence de tels échanges la créativité académique et scientifique se trouve diminuée.

2.7.

 Un sentiment de responsabilité doit être partagé par tous les membres de la communauté académique, afin qu’ils soient responsables de leurs actions et maintiennent leur liberté d’expression face aux infractions.

3. La gouvernance et la gestion démocratiques et éthiques

3.1.

Un fonctionnement plus efficace des corps dirigeants des établissements d’enseignement supérieur doit être soutenu afin de refléter à la fois la croissance de leurs dimensions et la complexité et la variété accrue des rôles et des responsabilités. Cependant, en ce qui concerne les activités entreprenariales et commerciales, les corps dirigeants doivent promouvoir les meilleures pratiques possibles non seulement pour une bonne gestion de telles entreprises, mais aussi pour sauvegarder le règne de la loi et les principales valeurs académiques et éthiques. Les universitaires, les étudiants et les membres du personnel doivent jouer un rôle essentiel pour s’assurer que la quête d’entreprises commerciales et la hausse des revenus n’affaiblissent pas la qualité de l’enseignement et les résultats des recherches ou les standards intellectuels de leurs établissements.

3.2.

Les réformes dans la gouvernance et la gestion des établissements d’enseignement supérieur doivent maintenir l’équilibre entre le besoin d’encourager une direction et une gestion efficaces et le besoin d’encourager la participation des membres de la communauté universitaire, en associant les étudiants, les professeurs, les chercheurs et les administrateurs au processus de prise de décisions.

3.3.

Les présidents, les recteurs, les vice-chanceliers et autres leaders institutionnels doivent être tenus responsables - non seulement pour la bonne conduite des affaires de leur établissement et pour leur développement académique, mais aussi pour le fait d’offrir une direction éthique. On devrait aussi explorer l’idée d’ « audits éthiques » comme partie intégrante de la performance institutionnelle.

3.4

Le processus de la prise de décision institutionnelle doit être mis en œuvre de manière à affirmer les obligations morales et la responsabilité des décideurs envers toutes les parties affectées par leurs décisions, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’établissement.

4. La recherche fondée sur l’intégrité académique et la réaction sociale

4.1. La liberté intellectuelle et la responsabilité sociale sont les valeurs clé de la recherche scientifique et doivent être constamment respectées et maintenues. Au lieu d’être en conflit, ces deux valeurs se renforcent l’une l’autre dans le cadre des systèmes d’enseignement et de production de savoir plus ouverts qui caractérisent la société du 21ème siècle.
4.2. Les chercheurs individuels ainsi que les équipes de chercheurs ne sont pas seulement responsables moralement du processus de recherche - du choix des sujets, des méthodes d’investigation et de l’intégrité de la recherche - mais aussi des résultats de la recherche. Du fait, ils doivent adopter et respecter rigoureusement les codes éthiques qui réglementent leurs recherches scientifiques.
4.3. Tout code de conduite dans le domaine de la recherche doit inclure à la fois des standards éthiques et des procédures de mise en œuvre et éviter ainsi les pratiques de superficialité, de vacuité, d’hypocrisie, de corruption ou d’impunité.
4.4. Les communautés scientifiques doivent promouvoir la coopération mondiale et assurer la solidarité intellectuelle et morale fondée sur les valeurs d’une culture de la paix et sur l’objectif impératif de bien-être de la race humaine à travers le développement durable.
4.5. Le personnel universitaire et les chercheurs ont individuellement et/ou collégialement la responsabilité et le droit (i) de s’exprimer librement sur les défis scientifiques et éthiques de certains projets de recherche et de certaines applications de leurs résultats et (ii) en dernière instance, de se retirer de ces projets selon leur conscience.

III. Le soutien à la mise en œuvre des valeurs et des principes éthiques

L’accomplissement des valeurs et des principes ci-dessus mentionnés requiert une série de moyens appropriés et efficaces afin:

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d’assurer un équilibre entre la nature de l’enseignement supérieur en tant que bien public et la commercialisation de ses services, tout en préservant en même temps les principales valeurs de l’éthos académique;

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de promouvoir un système de gouvernance des établissements d’enseignement supérieur qui permette le maintien des valeurs du modèle collégial de la prise de décisions;

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de permettre à chaque établissement d’enseignement supérieur et de recherche de fonctionner selon des politiques et des procédures de conduite académique constamment mises en œuvre et périodiquement mises à jour;

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d’élaborer et de renforcer aux niveaux institutionnel, national et international des codes de standards éthiques pour la recherche scientifique qui soient à la fois disciplinaires et interdisciplinaires dans leur orientation;

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de promouvoir la coopération internationale autour des valeurs, des principes et des standards éthiques de l’enseignement supérieur et de la recherche dans la région Europe et avec d’autres régions du monde.

IV. Le suivi par l’UNESCO-CEPES

L’UNESCO-CEPES est appelé, en collaboration avec d’autres partenaires pertinents, à prendre les initiatives adéquates qui contribueront à la dissémination et à l’implémentation de la présente Déclaration. Les activités de suivi doivent se concentrer sur l’identification des exemples de « bonne pratique » dans les domaines visés, assurant de la sorte une base informative pour les futurs débats sur le thème des valeurs, des principes et des standards éthiques de l’enseignement supérieur dans la Région Europe et pour la promotion des meilleures pratiques institutionnelles.

 

 

 

UNESCO-CEPES

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010102-Bucarest

Roumanie

Tel: 40-21-3159956

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