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INTRODUCTION
Tout au long de
leur histoire, les universités, les autres types
d’institutions d’enseignement supérieur et les
organisations académiques ont été perçues non seulement
comme ayant des responsabilités éducationnelles et de
recherche, mais également comme étant les promoteurs des
valeurs éthiques et morales de la société moderne. Tout
au long du siècle dernier, elles ont été les initiateurs,
les partenaires, et le lieu de quelques uns des
plus importants débats éthiques qui ont modelé la dimension
éthique de sphères publiques tels que le mouvement des droits
civiques, la problématique du genre, la problématique des
politiques affirmatives et de l’égalité des chances, la
dimension morale de la science, etc.
Les profondes
transformations qui ont marqué la dernière décennie du vingtième
siècle, et plus particulièrement les dimensions spécifiques
et la complexité de celles qui se déroulent dans les pays de
l’Europe Centrale et de l’Est, ont ajouté de nouvelles
perspectives aux dimensions morale et éthique de
l’enseignement supérieur et de la science en Europe. Évidemment,
il y a également eu un certain nombre de conséquences pour les
autres régions du monde.
Les extraits
suivants d’un discours tenu par le Président Jacques Chirac
lors de la 32ème Conférence Générale de l’UNESCO, montrent
clairement les risques présents et futurs encourus au cas où
la problématique morale des travaux scientifiques n’était
pas affrontée:
« Les progrès
des sciences de la vie, si nombreux et si importants depuis
quelques années, nous ouvrent des perspectives dont nul
n’aurait rêvé il y a seulement une ou deux générations.
Il devient possible de prévenir ou de guérir des maladies héréditaires
ou liées au vieillissement. Nous maîtrisons la technique des
transplantations d’organes qui sauvent des vies naguère
condamnées. Nous maîtrisons la fécondité et savons mieux
lutter contre la stérilité. Ces avancées scientifiques
n’améliorent pas seulement la santé. Elles modifient
l’expérience de la vie et de la mort. Elles nous conduisent
à de nouvelles interrogations éthiques sur ce qui donne à
nos sociétés leur humanité: nos valeurs, nos droits et nos
devoirs, nos finalités.
Le siècle passé
nous a livré l’abominable exemple des dérives de la
science. Dès les débuts de la génétique, les travaux de
Darwin et les découvertes de Mendel ont été abusivement
utilisés par des politiciens, des idéologues et des
scientifiques dévoyés pour justifier des théories racistes,
le massacre de populations et la Shoah.
Déjà, nous
constatons de nouveaux risques et de nouvelles dérives : eugénisme,
discriminations fondées sur le patrimoine génétique, vente
de gamètes sur Internet, offre de services de « mères
porteuses », trafics d’organes, cliniques spécialisées
dans l’euthanasie,
expérimentations médicales dans des conditions contraires à
la dignité humaine. Tout cela, ce ne sont plus seulement des
angoisses de prophètes de malheur. Ce sont des réalités
d’aujourd’hui inspirées par l’absence de moralité,
l’appât du gain, voire la folie. »
En ce qui
concerne cette « reconfiguration » de la réalité mondiale,
on attend des universités et des autres types d’institutions
d’enseignement supérieur, ainsi que des organisations académiques
qu’elles assument un rôle encore plus proéminent en tant que
promoteurs des valeurs essentielles de la société démocratique
moderne : la liberté d’expression, la liberté
d’association, l’égalité des chances, la solidarité, la
responsabilité envers les décideurs, la justice, etc. Les
membres des communautés universitaires ont souvent entrepris
des actions spécifiques pour définir, modeler, mettre en œuvre
et évaluer les politiques qui ont trait à la dissémination
de ces valeurs dans l’ensemble de la société.
En même temps,
plus récemment et en particulier dans le cadre des sociétés
émergentes du savoir, s’est développé le sentiment que les
institutions et les organisations d’enseignement supérieur et
de recherche doivent assumer des fonctions plus directes
dans la vie sociale et économique de la société. Par conséquent,
les responsabilités morales et éthiques des universités, des
autres institutions d’enseignement supérieur et des
organisations académiques devraient les caractériser à la
fois en tant qu’acteurs économiques de la société et en
tant que communautés d’universitaires, de chercheurs et d’étudiants.
En remplissant leur rôle académique, en étant proactifs et en
encourageant les valeurs humaines, toutes ces institutions et
organisations peuvent renforcer leurs rôles respectifs dans le
cadre de la société.
De plus, nous
sommes les témoins aujourd’hui d’un changement de
paradigme dans l’organisation et le fonctionnement de
l’enseignement supérieur. Alors que la plupart des débats
sur l’enseignement supérieur se concentrent généralement
sur des sujets tels que la structure institutionnelle et la
gouvernance, les flux d’étudiants, l’assurance de la qualité,
le commerce dans les services éducationnels, etc., les
valeurs universitaires ont plutôt été laissées de côté
et le principe fondamental de « ce qui est et ce qui n’est
pas adéquat » a été égaré. Le risque de l’érosion des
valeurs universitaires fondamentales n’est pas « un discours
académique », tout comme le fait d’ignorer la fraude
universitaire, le népotisme et la corruption dans les questions
concernant l’université et la gouvernance peuvent miner le
statut et le rôle de l’enseignement supérieur dans les sociétés
démocratiques.
La prise de
conscience des étudiants concernant le changement des valeurs
et des responsabilités de l’enseignement supérieur au sujet
de la vie sociale et économique a plutôt manqué des
programmes d’études ou a été simplement négligée. Pour
cette raison, l’appel lancé par M. Peter Drucker - l’un des
principaux théoriciens des sociétés du savoir - que notre
monde « a besoin d’un autre type de personne éduquée que
l’idéal pour lequel luttent les humanistes », est plus
actuel que jamais.
Mais afin de répondre
à de tels défis, il est nécessaire de voir un équilibre
entre les « qualifications » pour lesquelles les étudiants
sont formés et les « qualités » qu’ils doivent acquérir
afin de s’encadrer et de développer leur responsabilités
universitaires et professionnelles, tout en développant leurs
personnalités en tant que citoyens libres et égaux dans une
société démocratique.
Même si cela a déjà
été pris en compte, il est impératif qu’un nombre
grandissant d’universités, d’organisations d’enseignement
supérieur et de recherche, ainsi que d’associations
d’universitaires et société du savoir adopte une attitude
active et commence à formuler la direction des
politiques, les procédures et les réglementations adéquates
pour répondre aux
dimensions éthiques de leurs activités.
C’est dans ce
contexte que l’UNESCO-CEPES et l’Académie Européenne des
Sciences, des Arts et des Lettres - Academia Europensis,
en collaboration avec l’Université des Nations Unies (UNU) de
Tokyo et la Division des sciences fondamentales et des sciences
de l’ingénieur de l’UNESCO, Paris, ont décidé d’analyser
l’état actuel de ces développements et de formuler sur
la base de l’analyse et des discussions qui auront lieu à
l’occasion de la Conférence internationale sur les
dimensions éthiques et morales de l’enseignement supérieur
et de la science en Europe (2-5 septembre 2004, Bucarest,
Roumanie), une série de recommandations - la Déclaration
de Bucarest - censée encourager le développement
d’activités conduisant à une plus large acceptation des
dimensions morales et éthiques dans l’enseignement supérieur
et la science.
Pour résumer,
les travaux de la réunion devraient adopter les objectifs
suivants :
-
analyser
les défis, les besoins et les tendances dans
la façon dont les universités, les autres institutions
d’enseignement supérieur et les organisations de
recherche répondent aux problématiques éthiques et
morales avec lesquelles se confrontent leurs activités;
-
contribuer
à une meilleure prise de conscience de la
responsabilité des personnes et des institutions envers le
respect des principes éthiques et moraux dans
l’enseignement, la recherche, les services, ainsi que dans
la gouvernance et l’administration de l’enseignement supérieur
et des organisations de recherche ;
-
encourager
les débats sur les dimensions éthiques et morales;
-
indiquer
les plus importants principes/formes d’action qui
pourraient améliorer la compréhension des dimensions éthiques
et morales en relation avec les sciences humaines et
naturelles, les sciences de la vie, des affaires et l’économie,
les sciences de l’ingénieur et les études technologiques;
-
adopter
une série de recommandations - sous la forme de la Déclaration
de Bucarest - censée encourager le développement
d’activités conduisant à une meilleure acceptation des
dimensions éthiques et morales de l’enseignement supérieur
et de la science [avec une attention particulière pour la Région
Europe].
En conclusion,
les thèmes et la problématique qui feront l’objet de cette
conférence sont d’un grand intérêt, surtout du fait que de
nombreuses présomptions implicites concernant la dimension éthique
et morale de l’enseignement supérieur et de la science se
trouvent actuellement remises en question.
L’actualité et
l’importance des problématiques qui seront discutées sont
confirmées par le fait que Monsieur Jacques Chirac, Président
de la République Française et Monsieur Ion Iliescu, Président
de la Roumanie, ont accepté d’accorder leur haut patronage à
l’organisation de cette conférence.
Une sélection de
documents de la conférence sera publiée dans la revue
trimestrielle de l’UNESCO-CEPES « L’Enseignement
Supérieur en Europe », qui paraîtra en version
anglaise, française et russe.
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