- Des cadres
éthiques de gouvernance
- pour l’enseignement
supérieur et la science
Prof. Jürgen Kohler
Université de
Greifswald, Allemagne
Préface -
Structuration de la problématique
Le débat sur le
cadre éthique de la gouvernance de l’enseignement supérieur et
de la science est, et a été depuis des siècles, un débat
étendu et difficile. Il se fonde sur des termes, des valeurs et
des choix comme la liberté et la responsabilité, la vérité et
la convenance politique, l’autocontrôle et le contrôle
externe, l’autonomie et l’intervention de l'Etat, et la quête
du savoir et la «vente de l’âme au diable». Je ne dois pas
vous rappeler le Faust de Goethe, ou le Dr. Faustus de Thomas
Mann. Cependant, même si je cite ici ces deux chefs d’œuvres
de la littérature mondiale, l’éthique dans l’enseignement et
la recherche ne constitue pas qu’une problématique allemande.
Ce problème est plutôt de nature mondiale, ressenti de plus en
plus comme urgent et intéressant du fait de l’augmentation des
capacités techniques, du rôle sociétal et des implications
économiques, et surtout financières, de l’enseignement et de
la recherche modernes. Afin d’équilibrer la complexité
thématique et l’activité de la conférence je commencerai par
une définition du but et de l’étendue de cette présentation.
L’analyse et la
planification d’un cadre éthique pour la gouvernance dans les
domaines de l’enseignement supérieur et de la science
requièrent une concentration sur leurs spécificités. Je m’abstiendrai
de couvrir la règle générale de ne pas accepter des avantages
de tierces parties, financiers ou autres, qui peuvent créer une
dépendance et affecter l’impartialité. En outre, même l’impression
de prendre de tels risques doit être mise de côté. Même si
cela est vrai en général et se trouve couvert par la loi pénale
sous différentes catégories de corruption, il en ressort aussi
une question de gouvernance dans le contexte de l’enseignement
supérieur et de la recherche qu’on traitera brièvement
ici-bas.
Il faut distinguer
dans le cadre spécifique de l’enseignement supérieur et de la
recherche entre les défis éthiques en tant que tels, d’un
côté, et les mesures préventives et les remèdes à ces
défis, de l’autre. Le fait de fournir des remèdes aux défauts
éthiques et de prévenir la tentation non-éthique est
certainement perçu comme une des tâches d’un bonne
gouvernance, mais cela ne peut pas avoir lieu en l’absence d’un
claire identification des défis éthiques eux-mêmes. Ainsi,
cette présentation esquissera en premier lieu les problèmes
éthiques pour continuer ensuite par une analyse du cadre éthique
de la gouvernance qui peut pallier à ceux-ci et, plus encore,
prévenir leur apparition.
On peut ajouter ici
que le fait de répondre aux défis éthiques est inévitable dans
le «monde de Bologne», et que tous les membres des
établissements d’enseignement supérieur sont en position de
procéder ainsi. « Bologne » n’est pas qu’une convergence
technique des structures, mais elle est envisagée comme
représentant un espace commun de l’enseignement supérieur qui
porte la marque de la culture académique. Une partie de celle-ci
est la notion d’ethos, qui est accompagnée par l’idée que l’enseignement
et la recherche relèvent de la responsabilité publique, c’est-à-dire
la responsabilité des établissements d’enseignement supérieur
et de tous leurs membres d’agir de manière responsable envers
le public général. Le terme de « public général » ne se
réfère pas qu’au public général d’un pays donné, mais au
monde dans son entier, comme il s’impose lorsqu’il est
question de reconnaissance internationale et d’assurance de la
qualité en tant que ses critères préalables et de mobilité
comme sa conséquence.
Les défis
éthiques pour l’enseignement supérieur et la science et pour
la gouvernance de leurs établissements
Lorsqu’on évalue
les défis éthiques dans les établissements d’enseignement
supérieur et de recherche, il faut tenir compte du fait que ces
défis sont généralement doubles, et qu’ils doivent être
traités séparément. D’un côté, il y a des défis pour l’enseignement
supérieur et la recherche per se, qui mettent en danger
leur fonctionnement correcte. De l’autre côté, il y a des
menaces pour l’éthique de la gouvernance, c’est-à-dire pour
une partie essentielle de la structure institutionnelle de l’enseignement
supérieur et de la recherche - au niveau des opérations de
gestion et de gouvernance.
Les défis
éthiques pour l’enseignement supérieur et la science
On peut dénombrer,
illustrer et analyser les défis éthiques pour le fonctionnement
de l’enseignement supérieur et la recherche en fonction de leur
caractère général, comme il suit:
Les défis pour la
quête académique du « vrai savoir »
L’essence du
monde académique est la quête du véritable élargissement du
savoir, et certains dangers font surface à cet égard. Ceux-ci
peuvent prendre plusieurs formes, dont les deux suivants sont
particulièrement menaçants:
i)
La falsification des résultats de la recherche, ou même la
simple prétention qu’il y a eu de recherche véritable du
tout ou qu’il y a eu des résultats issus de celle-ci,
représente un problème existant dans un nombre de pays. La
motivation qui se trouve derrière une telle faute
professionnelle de «l’esprit inventif» n'est pas seulement
la vanité de l'individu mais aussi l'avantage concurrentiel de
la recherche moderne et sa dépendance du financement externe
qui induit la fabrication de prétendues «réussites». Il s’en
suit que ce défi éthique se produit souvent, mais certainement
pas de manière exclusive, en médecine et sciences naturelles
où «les fonds à projet déterminé» jouent un rôle
important. La falsification comprend aussi la suppression ou la
mauvaise interprétation intentionnelle des données ou des
conclusions de la recherche. Cela peut représenter un risque
dans les sciences humaines et sociales en spécial, parce que
celles-ci sont parfois susceptibles de créer et de soutenir des
idéologies ou des croyances de différents types.
Étant donné que
la résolution des défis éthiques est une responsabilité
commune de tous les membres de la communauté de l’enseignement
et de la recherche, il va de soi que les étudiants se trouvent
également impliqués. Pour mettre ceci dans des termes concrets
dans le contexte de la véracité, l'attente de l’abstention
de tricher aux examens n’en est pas moins un défi éthique.
ii)
La violation de la propriété intellectuelle est un deuxième
phénomène de cette catégorie. Dans ces cas quelqu’un adopte
les conclusions antérieures de recherche de quelqu’un d’autre
en prétendant que celles-ci ont été ses propres découvertes.
A une époque du travail en équipe, ce type de violation peut
également prendre la forme de la suppression de la part de
contribution de quelqu’un aux conclusions de recherche
communes. L’essence du problème éthique ne réside pas dans
l’adoption de la recherche d’un autre, un phénomène commun
et nécessaire dans le monde académique en tant que processus
de discussion permanente des conclusions atteintes en
préalable. Le problème arrive seulement lorsque l’adoption
des efforts et des contributions d’autres n’est pas
reconnue ouvertement. Les raisons pour cela sont similaires
à celles relevées au niveau de la falsification des résultats
de la recherche: la vanité individuelle, la volonté de prendre
l’avantage sur la concurrence afin de bénéficier de
financements, et ainsi de suite.
Les conflits avec
la dignité et la stabilité
Deuxièmement, les
dangers éthiques surviennent là où les efforts faits en vue d’atteindre
la vérité et l’excellence académique entrent en conflit avec
la dignité, la stabilité et la durabilité dans un sens étendu,
c’est-à-dire de l'être humain, de la nature et de
l'environnement, et de la société dans son ensemble. Les deux
cas suivants peuvent être soulignés:
i)
Les atteintes à l’intégrité physique et psychique des
êtres humains, mais aussi des animaux et de la nature en
général sont des problèmes évidents. Ces cas se produisent
habituellement dans le contexte de la recherche médicale et des
sciences naturelles. Cependant, ils ne sont pas limités à ces
disciplines, étant donné que les domaines de la recherche qui
ont des liens étroits avec les sciences humaines et les
sciences sociales peuvent aussi se confronter avec de tels
risques, surtout lorsqu’ils comportent des éléments
expérimentaux ou de surveillance, comme en psychologie ou en
criminologie. Dans un sens plus étendu de l'intégrité
humaine, même la violation du droit à la vie privée, aussi
bien que la calomnie et la diffamation peuvent être encadrées
dans la même catégorie. Cela pourrait effectivement constituer
un problème particulier dans les sciences humaines et les
sciences sociales, où il peut y avoir des implications
politiques de la recherche et des « prises de position ». Cela
est généralement loué en tant que « transfert des résultats
de la recherche vers la société », et des domaines comme les
sciences politiques et le droit peuvent se trouver à risque
dans ce contexte.
Dans la plupart
de ces cas toute atteinte puise sa racine dans la nature même
du sujet académique et de sa méthodologie de recherche. Ici on
ne peut pas donner de réponse « noir ou blanc », et il est
question d’un équilibre d’intérêts qui doit être établi
en fonction de l’objet, de l’intensité et de la durée de l’atteinte,
de la valeur académique et de la réussite prospective de la
recherche, ainsi que de l’inévitabilité de l’atteinte,
tout en tenant compte du fait que certains droits sont
inaliénables même dans la lumière de projets de recherche
bien intentionnés et significatifs.
ii)
Une attention non moindre devrait être accordée aux défis au
niveau de l'interface entre le monde académique et l’éthique
sociétale, étant donné que ce point recèle une ligne de
démarcation particulièrement sensible. Cette interface
représente ces règles et acceptions qui gouvernent le statut
de la libre citoyenneté et de la sécurité et la stabilité
des sociétés. Les sciences sociales et humaines mettent
justement en question les modèles existants de comportement
social et institutionnel, et cela peut être facilement perçu
comme de la subversion politique ou du plaidoyer évident pour l’illégalité.
Différents débats autour de la légitimité de la torture
illustrent cette situation sensible, ces derniers mois. La
suppression de la recherche et de l’enseignement n’est pas
limitée aux systèmes totalitaires, et les sociétés
démocratiques ne sont point délestées par définition de
formes plus ou moins subtiles de censure au détriment d’opinions
académiquement valides. De l’autre côté, il est très
sensé d'empêcher les gens de détruire les assises de la
civilisation, de la paix, de la liberté et de la prospérité
au nom de la recherche et de l’enseignement. Établir l’équilibre
entre les approches critiques et celles novatrices et
l'oppression étatique ou médiatique est un problème per
se, dont la gestion fait partie de la bonne gouvernance
institutionnelle et des cadres légaux et culturels.
La violation de l’acception
académique de l’égalité
Enfin, les dangers
éthiques au niveau académique peuvent inclure la violation de l’esprit
académique et de la pratique de l’égalité. L’égalité dans
ce contexte ne signifie pas l’identité de l’expertise, mais
le fait de fournir un niveau égal de justice. Cet aspect se
résume à trois demandes éthiques concrètes:
i)
Une perspective académique de l’accès à l’enseignement
supérieur et la science comprend l’idée que l’admission
doit être uniquement basée sur la capacité intellectuelle et
la personnalité. Il ne peut pas être fonction des moyens, ni
dépendant de tout possible privilège, de race, de classe, de
religion, d’orientation politique, ou toute autre
considération sans rapport avec les facteurs académiques
relevants.
ii)
Les standards éthiques dans l’enseignement supérieur exigent
qu'il y ait une équité dans les examens. Ceux-ci ne sont que
des tests des compétences, pas des tests des moyens financiers
ou d’autres atouts. On doit assurer des chances égales, ainsi
que la transparence des attentes, des procédures d’examen et
des critères de distribution des notes.
iii)
L’ethos académique concerne la création et le maintien d’un
style de discours spécifique. Ses critères seraient ceux d’agir
d’une manière non discriminatoire et encourageante, de créer
une atmosphère directe mais polie, avec un discours et une
action basés sur la notion du partenariat entre êtres égaux
en dignité et potentiel intellectuel.
Les défis
éthiques pour la gouvernance
La gouvernance des
établissements d’enseignement supérieur et de recherche peut
couvrir tous les aspects de la direction institutionnelle, à la
fois les éléments technocratiques et ceux stratégiques de la
gestion. Elle n’est pas uniquement un outil pour remédier ou
prévenir les susmentionnés défis éthiques pour l’enseignement
supérieur et la science, comme on pourrait le présupposer en
prenant à la lettre le titre de ce chapitre. Plutôt, la
gouvernance et ses structures posent en elles-mêmes des défis
éthiques, c’est-à-dire des risques. Ceux-ci sont étroitement
liés aux aléas généraux du pouvoir et de ses abus, mais aussi
de son non-usage.
L’échec au
niveau de l’élaboration de politiques planifiées
Pour commencer, la
gouvernance est non-éthique si elle ne sert pas à prévenir et
remédier les défis éthiques pour l’enseignement supérieur et
la science mentionnés ci-dessus. Dans ce sens, une bonne
gouvernance est censée prévoir l’élaboration de politiques
planifiées en tant que renforcement des limites éthiques dans le
cadre académique. Tout schéma ou pratique de la gouvernance
académique qui n’arrive pas à procéder ainsi, ou qui n’essaie
pas sérieusement de faire ainsi, est immoral, parce que le
gaspillage de ressources est susceptible de servir de prétexte à
ceux qui se trouvent au pouvoir pour l’utiliser dans leur propre
intérêt au lieu de rendre service à l’établissement, à ses
membres et au public général.
L’échec au
niveau de la responsabilisation
La gouvernance est
non-éthique si les dirigeants ne sont pas responsables vis-à-vis
des membres de l’établissement. En employant ici le terme de
«responsabilisation» et pas celui de «responsabilité», on
cible certaines caractéristiques très fondamentales de la bonne
gouvernance en tant que service pour la communauté: l’écoute
consciencieuse, l’évaluation sérieuse des opinions et l’offre
de réponses sérieuses dans un lapse de temps aussi court que
possible. Les dirigeants chargés des affaires de gouvernance ne
peuvent pas être distants; ils ne peuvent pas traiter les membres
de l’établissement comme des simples objets des mesures
administratives. En bref, il est non-éthique au niveau
institutionnel de réagir de manière «kafkaïenne». Un
processus partagé et juste est un critère moral essentiel de la
gouvernance; l’arrogance du pouvoir est inacceptable.
L’échec au
niveau de l’équilibrage des aspirations collectives et
individuelles
Enfin, la
gouvernance peut se montrer immorale et non-éthique si elle ne s’efforce
pas d’assurer un juste et sain équilibre entre les aspirations
collectives et individuelles d’une institution. L’accomplissement
de ce but est en grande partie une question d’éviter la
répression et de créer un sens positif d’inclusion à travers
le respect.
Le cadre éthique
de la gouvernance en tant que remède aux défis éthiques
Toute analyse
pertinente des cadres éthiques de la gouvernance implique un devoir
de la gouvernance des établissements d'enseignement supérieur et
de science d'établir des pratiques servant comme mesures
préventives et comme remèdes aux défis éthiques possibles.
Cette position est justifiée par la définition même de la bonne
gouvernance, même d'un point de vue institutionnel égoïste: la
bonne gouvernance est essentiellement cette partie de la direction
institutionnelle qui concerne le développement stratégique et le
bien-être d'un établissement. Et étant donné que le fait d’atteindre
tout développement institutionnel positif dépend du soutien
créé à travers la confiance entre les parties intéressées,
les standards moraux et éthiques pratiqués et communiqués par
l'établissement sont vitaux.
Combiner la culture
de la gouvernance et la gestion de l’éthique
La conception d’un
cadre éthique pour la gouvernance de l’enseignement supérieur
et la science doit se fonder sur l’idée qu’il y a une
distinction entre la culture et la gestion dans la gouvernance de
ces matières, tout comme il est le cas d’autres domaines de
gouvernance, comme l’assurance de la qualité.
La signification et
l’importance
Une «culture de l’éthique»
est censée représenter un cadre mental, à la fois au niveau
institutionnel et individuel: elle comprend l'ambition
émotionnelle, la résolution mentale et la capacité
intellectuelle de définir et préserver des limites éthiques
pratiques. Ces éléments de gestion interne sont essentiels en
vue de la réussite parce que le comportement éthique doit être
assuré de manière proactive, ce qui ne peut pas être accompli
seulement par un système technocratique de prévention, de
supervision et d’intervention. Un tel système peut être
décrit seulement en tant que «gestion de l'éthique», et le
fait d’assurer une telle gestion est essentiel, même s’il n’est
pas suffisant. Certains pourraient être tentés par exemple à
court-circuiter ou saboter des projets de la direction, y inclus
par la délocalisation des activités douteuses de recherche vers
un pays où les standards éthiques et juridiques sont plus
cléments; une gestion lasse manquera d'empêcher ceci de se
passer.
L’étude des
instruments
On ne peut toucher
ici que de manière brève aux instruments utiles en vue de
soutenir le développement d’une culture éthique. Ceux-ci
consisteront en la communication des avantages d’un comportement
éthique aussi bien qu'en la présentation de pratiques positives
et de chemins vers les pratiques positives. L’établissement d’exemples
à tous les niveaux, ainsi qu’au niveau supérieur de
l'établissement, sera un bon moyen de créer une culture
éthique. Une partie d’une telle culture est certainement la
disponibilité de « matériel tangible » censé interpréter et
appliquer « l’éthique de la gestion », ce qui constitue la
raison pour laquelle on doit présenter ici quelques éléments d’importance
générale concernant les caractéristiques de la gestion.
En premier lieu, il
ne peut pas y avoir de gestion en l’absence d’objectifs et de
critères; cela est également vrai dans le contexte de l’éthique
et de la gestion des défis éthiques. En outre, il est question
ici de procédures correctes.
- Afin de
traduire le besoin d'objectifs éthiques définis en des actions
concrètes il doit y avoir une présentation de tous les défis
éthiques mentionnés ci-dessus, ainsi qu’un signal clair que
leur traitement constitue un objectif institutionnel. Evidemment,
le vrai problème consiste en la définition des limites,
surtout là où il y a un conflit de valeurs. Dans ces cas, la
définition des objectifs comprend également la résolution du
conflit par l’établissement d’un équilibre juste,
transparent et gérable. Cela peut constituer un processus
politique, mais afin de rendre l’éthique gérable il faut
trouver quelques conclusions pratiques.
- Développer des
critères signifie rendre opérationnelles des questions «oui-ou-non»
en définissant leur rôle dans le cadre d’un défi éthique
donné. Dans le contexte du conflit de valeurs entre le savoir
et la dignité humaine, un problème général dans la recherche
clinique en médecine, il doit y avoir des critères comme l’ampleur
de l’atteinte, le caractère évitable de l’atteinte, la
valeur de recherche du projet, le rôle de l’information et de
l’accord de la personne concernée, la protection des
données, les procédures de suivi, les moyens de compensation,
pour ne nommer que quelques-uns.
- En plus des
objectifs et des critères, «l’éthique de la gestion»
requiert la définition et l’application de processus
pertinents. Les processus appliquent les critères donnés et
arrivent à une décision rationnelle qui correspond aux
objectifs éthiques. Afin d’arriver à cela on doit définir
les promoteurs et les décideurs, on doit établir des lignes de
communication, on doit développer des modalités d’observation
des faits et de prise de décisions, etc. Tous ces éléments
doivent être caractérisés par la transparence, l’impartialité
et l’ouverture de l’esprit, afin d’être transposés en ce
qu’on appelle habituellement «le processus final».
Pour résumer tous
ce qui a été dit plus haut sur les objectifs, les critères et
le processus, la gestion d’une bonne gouvernance dans ce
contexte est ce qui est généralement connu comme l’assurance
du règne du droit. Le règne du droit comprend l’orientation
des objectifs vers les valeurs, l'existence de critères
substantiellement pertinents et d’un processus juste,
transparent et réalisable qui assure la consistance d’un cas à
l’autre ; il comprend aussi un élément d’égalité dans l’application
des règles. Un établissement d’enseignement supérieur ou de
recherche doit respecter les règlements légaux externes établis
par l’Etat ou le droit international, et dans plusieurs cas les
questions d’éthique sont circonscrites par la législation et
par les recommandations d’organisations comme les conférences
des recteurs. L’acceptation de ces cadres régulateurs rajoute
un élément de respect démocratique.
«L’éthique de
la gestion», la «gouvernance intacte» et la prévention des
risques
Quelles sont
certaines des approches adéquates pour gérer les défis
présentés ici ? La gouvernance devrait comprendre des éléments
censés assurer une « gouvernance intacte » ainsi que minimiser
les risques concrets.
Assurer une
gouvernance intacte
Afin d’assurer
une gouvernance éthiquement intacte - le devoir d’une bonne
gouvernance - on doit prendre en compte d’un nombre d’aspects
et d’instruments:
- La bonne
gouvernance en matière d’éthique est une question de
direction. Elle requiert la direction parce qu’elle est
nécessaire de façonner des esprits et des croyances dans l’ensemble
d’un établissement. Elle requiert aussi un processus d’instruction
dans le cadre de l’établissement, qui est de gestion
orientée selon la gouvernance. Enfin, la bonne gouvernance
requiert une direction persistante afin d’effectuer
efficacement le passage de la «théorie de l’éthique» à la
«bonne pratique de l’éthique».
- L’éthique de
la direction et de la gouvernance requiert un discours
pertinent. Concrètement, l’ethos de la bonne gouvernance
requiert des systèmes efficaces de participation, de
communication et de réponse. Cela est partiellement une
question de régulation transparente, mais aussi une de culture
pratiquée.
- La gouvernance
éthique doit préserver un équilibre entre les aspirations
collectives et individuelles, en définissant l’interaction
entre l’enseignement, l’instruction et la recherche
individuels et l’accomplissement des objectifs communs.
L’individu a le
droit de choisir de manière indépendante ses sujets de
recherche et d’instruction, et les méthodologies appliquées.
Celui ou celle-ci devrait également être libres de toute
conclusion a priori dictée par la «convenance politique » ou
la préférence institutionnelle, et libres de publier en l’absence
de toute censure, avec une implication institutionnelle assurant
une assistance technique et financière pertinente. Toutefois,
toute prévision de ce type devrait être contrebalancé par une
description des devoirs de l’individu pour garantir aux
étudiants une expérience structurée de l’enseignement. Il
est évident que ces intérêts opposés des établissements et
des individus nécessitent beaucoup de travail d’adaptation; c’est
toujours pour cette raison que ces matières ne sont pas
uniquement soumises à la régulation mais doivent être
intégrées dans une «culture éthique».
- Enfin, mais pas
en dernier lieu, il doit relever de la gouvernance éthique
institutionnelle de prévenir et/ou de remédier tous les défis
éthiques concrets pour l’enseignement supérieur et la
recherche dès la planification opérationnelle. L’échec de
cette mesure équivaut à une violation importante de l’ethos
de la bonne gouvernance en tant que tel. On verra en ce qui suit
ce que cela implique d’un cas à l’autre.
Prévenir et
remédier les dangers concrets
Une bonne
gouvernance doit traiter non seulement les problèmes éthiques
concrets présentés ici. Elle doit essayer au moins aussi fort de
prévenir toute violation potentielle. Certains de ces
instruments sont issus du cadre national et de l’expérience de
l’auteur, censés être adaptés à la nature spécifique de l’établissement
donné, à sa culture et son milieu juridique.
Il va de soi qu’il
doit y avoir un schéma pour la prévention et la sanction de la
corruption, incluant les formes subtiles, non monétaires, comme
le népotisme. Dans la plupart des pays, le droit pénal et du
travail contiendront des prévisions en ce sens, censées être
accompagnées par des réglementations institutionnelles. On ne
les traitera pas en détail ici parce qu’elle ne représentent
pas une spécificité de l’enseignement supérieur et de la
recherche; néanmoins, il y a un aspect de la bonne gouvernance
qui est important dans le contexte de la corruption: une
gouvernance intelligente doit s’efforcer de prévenir la
corruption en assurant des revenus corrects. Il s’agit d’un
mesure fondamentale de prévention afin d’exclure les raisons,
ou au moins les excuses, pour l’offre ou l’acceptation de
pourboires dans la société.
Pour ce qui est de
la prévention des violations du principe académique concernant
la poursuite et la dissémination du savoir, un code de pratiques
positives pourrait définir les devoirs des chercheurs au sujet de
la transparence et de la vérifiabilité. Un tel code devrait
obliger les adhérents à rendre toutes leurs sources de
recherche, qu’il s’agisse de leurs textes, expériences ou
analyses, librement disponibles à tous les intéressés, au
moment de la publication ainsi qu’à un moment ultérieur
établi. Cela ne représente pas une attente injustifiée, car la
recherche est censée être vérifiable de manière
interpersonnelle, incluant l’opportunité de suivre le processus
de recherche menant aux conclusions tirées. Un code de pratiques
positives devrait également souligner des pas concrets relatifs
à la conservation et la disponibilité des données
expérimentales à partir desquelles dérivent certaines
conclusions scientifiques. En outre, un code de pratiques
positives doit prévoir que les chercheurs présentent leurs
sources d’inspiration littéraires ou non-expérimentales. Le
fait de suivre les points de vue des autres est clairement permis,
car l’échange d’idées peut accroître le niveau de la
recherche; cela n’inclut certainement pas le droit de
déposséder les autres de leurs propres droits, et la réponse
est d’utiliser un système pertinent de références.
Un tel code de
pratiques positives, prévoyant des objectifs et des critères
éthiques importants, devrait être appliqué par tout
établissement d’enseignement supérieur et de recherche. Il
devrait également contenir des prévisions concernant l’administration,
et des sanctions en cas d’abus.
La bonne
gouvernance devrait assurer une composition variée du corps de
recherche, afin de prévenir la distorsion de l’enseignement par
des idéologies ou croyances spécifiques; elle devrait aussi
soutenir le droit à l’expression d’opinions différentes. Il
doit y avoir un schéma de traitement des complaintes censé
répondre à toute atteinte au droit d’un chercheur de tirer ses
propres conclusions de recherche; évidemment, un tel schéma doit
aussi permettre le maintien des opportunités de carrière de ceux
qui choisissent de déposer des plaintes.
Lorsqu’on parle
du devoir des étudiants de s’abstenir de tricher, on doit avoir
l’idée éthique claire qu’une telle action est injuste envers
les autres étudiants et les futurs employeurs, et
fondamentalement immorale en tant qu’abus de confiance. La bonne
gouvernance met cette idée en action en fournissant des règles
pour gérer de tels cas, et elle poursuit leur application.
Pour ce qui est des
défis éthiques pour la dignité humaine dans un sens étendu,
pour le bien-être des animaux et pour la protection de l’environnement,
la bonne gouvernance devrait évaluer l’admissibilité des
projets de recherche. Une commission interne devrait être créée
à ce but, évaluant la recherche éthiquement sensible avec l’idée
claire que toute recherche de ce genre est interdite faute de
potentielle permission. Toute commission de ce type doit adhérer
strictement au principe du règne du droit et à la nécessité d’un
processus final et de critères claires d’admissibilité.
Les problèmes de
ces schémas dérivent de leurs limitations concernant la « libre
recherche ». Ce droit à la libre recherche ne devrait être
inhibé que si l’intérêt public le demande, et l’équilibrage
dépend des faits et des critères établis. L’accomplissement
de ce but résulterait par exemple en le droit de la commission d’établir
des réglementations détaillées pour un projet, tout en lui
permettant de progresser, en principe. Cependant, pour ce qui est
des questions d’harmonie sociale et de stabilité étatique la
question est plus délicate. Ici, la ligne de démarcation entre
les limites saines et la censure patente est plutôt vague, et les
décisions devraient être généreuses et favoriser la liberté
de l’expression. Une telle décision devrait revenir à l’établissement
et des collègues, assurant que le choix n’est pas fait par les
autorités cherchant à détourner le processus pour servir leurs
propres fins.
Enfin, lorsqu’on
observe les violations du principe de l’égalité académique,
il y a un nombre d’instruments de coordination de la bonne
gouvernance qui viennent à l’esprit. Premièrement, il doit y
avoir une série de règles traitant de l’admission dans les
établissements d’enseignement supérieur et de recherche et des
éléments ou étapes spécifiques d’un programme d’études
donné. Ces règles doivent définir les critères de la qualité
académique et doivent être transparents à tous ceux qui sont
concernés, y inclus dans le cas des appels. Une bonne gouvernance
assurera un cadre légal ainsi qu’un processus consultatif entre
les administrateurs et les universitaires.
Ces directives
contre la corruption et le népotisme s’appliquent à la fois à
l’admission d’étudiants et au recrutement de personnel. L’existence
de procédures correctes est vitale pour la sélection du
personnel, et les postes vacants doivent être occupés seulement
à la suite d’une annonce publique et d’un cycle de
recrutement pertinent. Les parties externes devraient être
intégrées et consultées dans le processus de sélection, et les
candidats internes requièrent une attention et une justification
supplémentaire.
Des règles
similaires sont en principe applicables au niveau des examens. Une
bonne gouvernance assure que l’admission, les examens et les
notes soient rendus transparents, et dans ce contexte les examens
oraux nécessitent une attention particulière. Les notes
devraient être accompagnées par une justification attaquable par
appel. En général, il faudrait mettre en place des instruments
censés guider l’ensemble du processus d’évaluation.
Enfin, il peut y
avoir des instruments simples censés encourager un esprit de
confiance. Par exemple, tout établissement devrait avoir une
règle stipulant que toute application ou question par écrit doit
obtenir une réponse dans les quatre semaines au plus, ou dans le
cas contraire les raisons du délai doivent être communiquées au
demandeur. Des lignes de communication doivent être établies
dans toutes les directions, puisque la transparence et le respect
sont les soutiens fondamentaux de la dignité humaine dans le
cadre des établissements administratifs.
Conclusion
A la fin de toute
présentation il y a une tendance à résumer, mais je m’abstiendrai
de procéder de même. La conclusion d’une présentation sur le
cadre éthique de a gouvernance doit rappeler au public le fait
que toute théorie sur ce sujet n’est qu’un appel à une
pratique positive, comme par exemple à l’implémentation de l’éthique
à travers l’application pratique de principes moraux. Il y a
environ cent ans, l’humoriste allemand Wilhelm Busch a résumé
l’essence de la moralité en une seule ligne, qui est un vers:
« Es gibt nichts Gutes ausser man tut es ». La traduction
approximative serait: « Il n’y a point de bien tant qu’on s’y
met pas ». La bonne gouvernance est, par définition, la
direction vers un meilleur avenir.
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